Le vapeur absorbe la presque totalité de la nicotine et du PG/VG qu'il inhale

Publié le 8 Octobre 2015

Une nouvelle étude, réalisée par le groupe de Neal Benowitz à San Francisco, le pape du dosage de nicotine dans le sang, montre que l'absorption de nicotine par des vapeurs confirmés est suffisamment importante et rapide pour expliquer le succès du vaporisateur personnel dans l'arrêt du tabac.

Pour cela, 13 vapeurs (6 femmes et 7 hommes, dont 9 vapeurs exclusifs et 4 vapofumeurs) ont pris 15 bouffées, séparées de 30 secondes (soit sur 7 min 30 en tout), sur leur propre vaporisateur personnel, après une nuit d'abstinence (début de l'expérience à 9h30 du matin). La durée de la bouffée n'était pas limitée dans le temps, chaque utilisateur vapait dans les conditions qui lui convenait. L'absence de consommation de tabac par les 9 vapeurs exclusifs a été validée par un CO expiré entre 1 et 4 ppm.

La vapeur qu'ils rejetaient dans l'air était collectée dans des tubes de silicone afin d'analyser le contenu en nicotine et PG/VG, et en déduire la quantité retenue par les utilisateurs.

Les différents modèles de vaporisateurs utilisés, ainsi que le type de liquide et la concentration en nicotine utilisée par chaque vapeur, sont présentés dans le tableau ci-dessous. Vous pourrez noter que les différents types de vaporisateurs (y compris des cigalikes) sont représentés.

Le vapeur absorbe la presque totalité de la nicotine et du PG/VG qu'il inhale

La quantité de nicotine absorbée et rejetée dans l'air par chaque vapeur est indiqué dans le tableau suivant. Cela montre bien que le vapeur, comme le fumeur, sait titrer la nicotine, c'est à dire modifier la façon de vaper pour obtenir la dose de nicotine dont il a besoin, et en fonction du type de vaporisateur qu'il utilise.

Le vapeur absorbe la presque totalité de la nicotine et du PG/VG qu'il inhale

En moyenne, les vapeurs ont tiré 1,3 mg (de 0,4 à 2,6 mg selon les sujets) de nicotine en utilisant une moyenne de 169 mg de liquide. Selon les calculs effectués par rapport aux quantités exhalées par les vapeurs, 93,8% de la nicotine inhalée (soit 1,2 mg) étaient absorbés, et donc seulement 6,2% (ou 0,1 mg), étaient rejetés dans l'air ambiant. De même, 84% du PG et 92% de la VG étaient absorbés et retenus par l'organisme des vapeurs.

Ce premier résultat confirme que le "vapotage passif" n'existe pas, les taux de nicotine rejetés dans l'air ambiant sont trop faibles pour avoir le moindre impact physiologique sur l'entourage.

Le profil pharmacocinétique (l'évolution de la concentration de nicotine dans le sang au cours du temps après la dernière bouffée) de l'absorption de nicotine est présenté dans les graphiques suivants. Le premier montre la moyenne des 13 vapeurs, le second montre 3 exemples individuels (la cinétique de la nicotine est très variable individuellement).

On peut voir que la vitesse d'absorption est assez rapide, le pic pour 11 des sujets est à 2 min après la fin de la dernière bouffée (soit 9 min 30 après le début d'utilisation), alors que pour les deux autres, l'un est à 5 min et l'autre est à 30 minutes (vapant pourtant sur un tank à 18 mg/ml de nicotine, il s'agit cependant d'un vapofumeur, et qui donc ne sait peut-être encore pas bien utiliser son vaporisateur). Ce qui est plus rapide que ce qui avait été montré jusqu'à maintenant dans d'autres études (ici et ici), mais moins rapide qu'avec une cigarette où le pic est atteint entre 5 et 8 min après le début de la consommation (première bouffée).

Par contre, la concentration maximale atteinte (Cmax) est plus faible qu'avec les cigarettes. Compte tenu de la dose absorbée (1,2 mg en moyenne) similaire à celle obtenue avec des cigarettes, cela suggère qu'une partie de la nicotine n'est pas absorbée au niveau des poumons, mais ailleurs (dans la bouche et un peu par le système digestif par l'intermédiaire de la salive).

L'effet (accélération) sur la fréquence cardiaque (non montré ici) est aussi plus faible que celui dû à la consommation de cigarettes, et s'atténue plus rapidement. Il est à noter que les sujets étaient abstinents depuis la veille au soir, et que l'effet de la nicotine sur la fréquence cardiaque était donc à son maximum (cet effet ayant tendance à diminuer au cours de la journée, même avec les cigarettes, car une tolérance aux effets de la nicotine s'installe progressivement).

Le vapeur absorbe la presque totalité de la nicotine et du PG/VG qu'il inhale
Le vapeur absorbe la presque totalité de la nicotine et du PG/VG qu'il inhale

L'effet subjectif (recueilli par questionnaire) montre à la fois une diminution des symptômes de manque et une bonne satisfaction du produit.

Ces résultats montrent bien que le vaporisateur est efficace pour délivrer la nicotine, et pour atténuer les symptômes de sevrage, donc pour aider les fumeurs à arrêter de fumer.

Rédigé par Jacques Le Houezec

Publié dans #vaporisateur personnel, #nicotine, #arrêt tabac, #efficacité

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Questioj 11/10/2015 09:55

Bonjour,
Quand les gens fument à la fenêtre par exemple, est-ce qu'ils relâchent plus de nicotine dans le logement que quelqu'un qui vape DANS l'appartement?

Roger Arbogast 10/10/2015 00:40

Merci de partager cet article. Je m'interroge sur la composition de l'aérosol exhalé par le vapoteur. Si on conserve la grande majorité du pg et de la vg a l'intérieur, est-il précisé dans cet article ce qui est expulsé ? Pas de la simple vapeur d'eau tout de même ?

Jacques Le Houezec 10/10/2015 10:51

La même chose mais en moindre quantité. Il faut cependant noter, comme le souligne les auteurs dans la discussion de l'article, que le mode d'expiration (dû au recueil dans des tubes silicones, en soufflant dans un tube), était ralenti, et que donc une plus grande partie de la vapeur a pu rester dans les poumon que lors d'une expiration normale. Tout comme lorsqu'un vapeur retient volontairement sa vapeur, pour vaper plus discrètement.

Philippe Camus 09/10/2015 14:49

Merci, j'avais lu trop vite.

ludovic.g 09/10/2015 13:58

Donc, si je lis bien et que je comprends bien, la cigarette de tabac apporte le pic de nicotine en 5 minutes après la 1ère bouffée.
La vape, 2 minutes après la dernière bouffée.
Pour mettre sur la même échelle de temps, ça veut dire que le pic est atteint avec la vape plus de 9 minutes après la 1ère bouffée (15 bouffées espacées de 30 secondes chacune, ça donne 7 minutes 30 secondes entre la 1ère et la dernière).
Et tout cela avec un pic moins élevé, pic moins élevé = taux de nicotine dans le corps plus bas, c'est bien ça?

Jacques Le Houezec 09/10/2015 14:12

oui, c'est bien cela.

Philippe Camus 08/10/2015 23:08

Bonjour Jacques,

"On peut voir que la vitesse d'absorption est assez rapide, le pic pour 11 des sujets est à 2 min après la fin de la dernière bouffée"
Cela met à mal l'idée très répandue que la vitesse d'absorption est très lente lors du vapotage (en tout cas beaucoup plus que la cigarette). L'addiction étant proportionnelle à la vitesse d'absorption de la nicotine, le vaporisateur serait donc tout autant addictif que la cigarette? Cela casse quelques idées qui (pour moi) me paraissaient acquises.

ludovic.g 09/10/2015 14:01

Tu oublis un facteur dans ton raisonnement, le pic avec le tabac fumé est 5 minutes après la 1ère bouffée, donc quasi quand tu éteints la clope alors qu'avec la vape, c'est quasi le double dans les cas les plus rapide, 2 minutes après la dernière bouffée, donc presque 10 minutes après la 1ère bouffée.

Jacques Le Houezec 09/10/2015 10:57

Oui, mais cela reste plus lent que la cigarette, et le pic obtenu est moins élevé. Pour répondre définitivement à cette question il faudrait mesurer la nicotinémie non pas dans le sang veineux, comme c'est le cas dans ce genre d'étude, mais dans le sang artériel, celui qui monte au cerveau. C'est sur ce point là à mon avis que la cigarette reste imbattable, mais il faudrait le démontrer.