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Publié le 8 Septembre 2013

Cigarette électronique contre patch, étude néo-zélandaise

(Text in English below)

L'étude de Chris Bullen, menée en Nouvelle-Zélande, et que l'on attendait tous est publiée sur le site du Lancet depuis hier soir, en accès libre http://download.thelancet.com/flatcontentassets/pdfs/S0140673613618425.pdf, de même qu'un commentaire de Peter Hajek http://download.thelancet.com/flatcontentassets/pdfs/S0140673613615342.pdf.

Cette étude a comparé l'efficacité d'une cigarette électronique (avec 16 mg de nicotine par cartouche, ou 0 mg, placebo), à un patch à 21 mg. Le traitement, avec un soutien possible par téléphone, mais pas obligatoire, a duré 13 semaines. Les résultats en termes d'abstinence sont assez faibles. A 6 mois, 7,3% (21/289) des fumeurs utilisant la e-cigarette à 16 mg (en fait les mesures de contrôle ont donnés des valeurs oscillant entre 10 et 16 mg), 5,8% (17/295) des utilisateurs de patch, et 4,1% (3/73) utilisateurs d'une e-cigarette placebo (0 mg nicotine) ont arrêté de fumer (vérifier par mesure du CO expiré). Les événements indésirables peu nombreux ont été identiques dans tous les groupes.

Il est à noter que, les utilisateurs de e-cigarette, avec ou sans nicotine, dans cette étude, ont montré une meilleure adhérence au traitement, que les utilisateurs de patch. A 6 mois, environ 30% de ceux utilisant la e-cigarette, contre seulement 8% pour le patch, continuaient d'utiliser le produit. Or, l'on sait qu'un traitement est d'autant plus efficace chez les fumeurs dépendants, qu'il est utilisé longtemps. Sans aucun doute, la gestuelle associée à la e-cigarette, plus proche du comportement du fumeur, joue un rôle crucial dans l'adhérence à ce produit.

Ces résultats sont plutôt faibles, et en ce qui concerne la e-cigarette, reflètent le fait que le modèle utilisé est un modèle qui est dépassé par la technologie actuelle, peu performant en termes de délivrance de nicotine sans doute, et que la même dose et le même arôme a été utilisé pour tous les fumeurs. Or, l'intérêt de la e-cigarette est d'offrir un large éventail de modèles, et de liquides aux arômes variés (les fumeurs commencent typiquement avec des arômes tabac, mais changent très vite pour des arômes fruités ou "gourmands"). L'évolution technologique et l'accroissement de la diversité de choix de e-liquides (de plus en plus fabriqués en France et en Europe) ont été permis par le fait que la e-cigarette est considérée pour l'instant comme un produit de consommation courante, et c'est ce qui en a fait son succès grandissant (le nombre d'utilisateurs double tous les ans, on estime à plus d'1 million le nombre de vapoteurs en France). Or, la nouvelle Directive tabac européenne voudrait en faire un médicament, ce qui serait une erreur, car l'obtention d'une AMM (autorisation de mise sur le marché) est très coûteuse, et toute innovation demande une modification d'AMM, elle aussi coûteuse. Le résultat risque d'être celui observé avec les différents substituts nicotiniques, qui n'ont pratiquement pas évolués depuis leurs lancements. Il serait dommageable pour la Santé publique, en imposant cette médicalisation par l’intermédiaire de la Directive européenne, de freiner cette évolution qui se mesure déjà par la baisse record des ventes de tabac en France au cours des 6 premiers mois de l'année (presque 9% en moins, du jamais vu!).

Il est donc urgent, puisque les décisions concernant la Directive européenne viennent d'être repoussées d'un mois, que les députés européens prennent la mesure du risque qu'ils font peser sur la Santé publique et la vie de millions de fumeurs, s'ils ne modifient pas le projet de Directive tabac en ce qui concerne la e-cigarette. En revanche, il faut qu'ils restent fermes sur les mesures contre le tabac, et même qu'ils aillent au-delà de ce qui est prévu (en particulier sur les paquets neutres et les avertissements sanitaires). Les vapoteurs (association AIDUCE, en France) de plus en plus nombreux, et électeurs potentiels, sauront s'en souvenir dans quelques mois lors des prochaines élections européennes.

In English

The new study by Chris Bullen, in New Zealand, that we were all wainting for is now published on The Lancet website (free access) http://download.thelancet.com/flatcontentassets/pdfs/S0140673613618425.pdf, as well as the comments from Peter Hajek http://download.thelancet.com/flatcontentassets/pdfs/S0140673613615342.pdf.

This study compared efficacy of an electronic cigarette (16 mg nicotine per cartridge, or 0 mg, placebo), to a 21 mg patch. Treatment, with a possible counseling by phone, but not mandatory, was for 13 weeks. The results in terms of abstinence are rather low. At 6 months, 7.3% (21/289) of smokers using an e-cigarette with 16 mg nicotine (in fact control measures gave variable contents of 10 to 16 mg), 5.8% (17/295) of patch users, and 4.1% (3/73) of placebo e-cigarette users (0 mg nicotine) quit smoking (verified by expired CO). Adverse events were not frequent and similar in each group.

It must be noted that e-cigarette users, with or without nicotine, showed a better adherence to treatment taht patch users. At 6 months, about 30% of e-cigarette users, versus only 8% for the patch, were still using the product. And we know that a treatment is more likely to be efficacious in tobacco dependent smokers that it is use for a long period. Without any doubt, the behavioural component of e-cigarette use, closer to smoking behaviour, play a crutial role in the adherence to this product.

These efficacy results are rather low, and concerning the e-cigarette, reflect the fact that the e-cigarette model used is outdated by the recent technology, probably poorly efficient in terms of nicotine delivery, and that the same dose and same falvour was used for all smokers. While, the main feature of actual e-cigarettes is to offert a large panel of models, and e-liquids with numérous flavours (smokers typically strat with tobacco flavours, but subsequently switch rather to fruit or sweet flavours). The technical evolution, and the increase in choices of e-liquids (more and more available from European makers) did allow the e-cigarette to be considered until then as a consummer product, and that is why it had such a success (the number of e-cigarette users double each year, in France it is estimated to be over 1 million). However, the new European tobacco products Directive (TPD) is planning to medicalise the e-cigarette, wich would be a mistake, as a medicine product authorisation would increase the costs, and that any innovation would request a modification of the authorisation, increasing again the costs. The result would be what we have seen happened with NRT, a lack of innovation since their respectives launches. It would be disastrous for Public Health, by imposing this regulation through the TPD, to stop this evolution which can be attested by the unprecedent decrease in tobacco sales in France during the last 6 first months of the year (nearly 9% decrease).

It is consequently urgent, since the decisions about the TPD have just been delayed for a month, that the European Members of the Parliament realise the risk they would put on Public Health, and the lives of millions of smokers, if they don't change the TPD project concerning the e-cigarette. However, they must stay strong on tobacco control measures, and eventually to go even further than planned (particularly on plain packaging and health warnings). The number of vapers (French association AIDUCE) is considerably increasing, and as potential voters, would remember that in a few months when European elections will take place.

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Publié le 29 Mars 2013

Voici une nouvelle étude qui va sortir dans le journal Addiction. Pour les anglophiles le résumé est ici : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/add.12150/abstract

C’est une étude intéressante à plus d’un titre. D’abord par le nombre de vapoteurs, 1347. Ensuite parce qu’ils viennent de 33 pays, dont 72% d’Europe. L’étude a été réalisée entre septembre 2011 et mai 2012 chez des utilisateurs de e-cigarette TECC (Electronic Cigarette Company) et de e-liquide TotallyWicked. L’âge moyen était de 43 ans, 70% étaient des hommes, 44% étaient diplômés. Les vapoteurs recrutés ont rempli un questionnaire sur internet qui prenait environ 15 à 20 minutes à remplir. Il était composé de 6 sections:
1. données démographiques et statut tabagique;
2. le test de Fagerström (pour ceux fumant encore) et une version modifiée « au passé » pour les ex-fumeurs (plus la durée de leur abstinence);
3. les données d’utilisation de la e-cigarette, incluant le type, la dose de nicotine utilisée et les arômes utilisés, ainsi que la quantité en ml par jour, et le nombre de bouffées quotidiennes, mais aussi les motivations de l’utilisation (sans qu’il soit précisé les mots « arrêt du tabac » pour ne pas les influencer), leur dépendance vis à vis de la e-cigarette et leur essais de diminution;
4. les effets de la e-cigarette, incluant la satisfaction, le « hit », l’acceptabilité, le goût, les envies de fumer, l’impact sur leur comportement tabagique et les effets respiratoires (tous évalués sur une échelle en 4 points allant de « pas du tout » à « très »);
5. les effets indésirables de la e-cigarette;
6. d’autres commentaires sur l’utilisation (non analysés pour cet article).

Les résultats montrent que:
78% des ex-fumeurs et 66% des utilisateurs concomitants (fumant encore) ont commencé à vapoter pour trouver une alternative au tabac;
74% ne fumaient plus depuis au moins quelques semaines depuis qu’ils vapotaient (67% des ex-fumeurs ne fumaient plus depuis plusieurs mois et 55% des fumeurs avaient considérablement réduit leur consommation);
91% ne ressentaient plus de forte urgence à fumer (craving) (95% chez les ex-fumeurs et 70% chez les fumeurs);
72% utilisaient un système à réservoir (tank), le plus courant étant l’eGo-C (23%);
la durée d’utilisation moyenne était de 10 mois;
1% seulement utilisaient du NO (0 mg nicotine);

Les vapoteurs considéraient la e-cigarette comme:
étant satisfaisante d’utilisation;
ne créant que peu d’effets indésirables (76% à 99% sans effets indésirables, selon les effets indésirables);
étant plus saine que la cigarette conventionnelle;
améliorant la toux et la respiration;
et étant associée à une réduction importante du craving (envie irrépressible de fumer).

Parmi les ex-fumeurs:
le délai entre le réveil et la première vape était significativement plus long que le délai de la première cigarette du matin (p<0,001), suggérant une moindre dépendance à la e-cigarette comparé à la cigarette conventionnelle;
la réduction du craving était plus importante que chez ceux qui continuaient à fumer (utilisation conjointe de e-cig et de cigarettes) (p<0,0007);

Par rapport aux hommes, les femmes optaient plutôt pour des saveurs douces comme le chocolat (p<0,001), et préféraient les e-cigarettes ressemblant aux cigarettes conventionnelles (p<0,001).

En conclusion, dans cet échantillon, les vapoteurs utilisaient principalement la e-cigarette pour arrêter de fumer, mais avec une durée d’utilisation supérieure à celle observée avec la substitution nicotinique, et considéraient la vape comme étant plus sûre que le tabagisme.

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Publié le 11 Mars 2013

La communauté des vapoteurs se mobilise contre le projet de Directive européenne qui menace la cigarette électronique. l’Association Indépendante Des Utilisateurs de Cigarette Electronique (AIDUCE) est née et propose d’écrire aux députés européens pour les alerter…

http://cigarette-electronique-recherche.fr/2013/02/1356-pour-une-cigarette-electronique-libre-nous-avons-besoin-de-vous/#more-1356

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Publié le 8 Mars 2013

Voici un poster que m’a envoyé son auteure canadienne (en anglais) :

Voilà, j’ai sélectionné tous les articles qui parlent de e-cigarette et qui seront présentés la semaine prochaine au congrès de la SRNT (Society for Research on Nicotine and Tobacco) à Boston, où je serai. Le document est ici.

Évidemment c’est en anglais. Ceux qui savent pourront en extraire les données intéressantes et les partager.

Le site www.treatobacco.net (en 11 langues, dont le français), dont je m’occupe, est en train de créer une page spéciale pour la e-cigarette recensant toutes les études. La page sera bientôt accessible, elle est en construction actuellement.

N’oubliez pas de signer la pétition de AIDUCE !

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Publié le 5 Mars 2013

Mme Marisol Touraine
Ministre des Affaires sociales et de la santé
14, avenue Duquesne
75350 PARIS 07 SP

Rennes, 5 mars 2013

Chère Madame la Ministre,

Je vous ai entendu aujourd’hui sur France Info à propos de la cigarette électronique et de l’enquête que vous avez demandée à vos services. Je vous écris en tant que scientifique, spécialiste de la nicotine et de la dépendance au tabac depuis presque 30 ans (première thèse de science sur ce sujet en France) pour vous proposer de rencontrer vos services afin de leur exposer mon analyse sur la e-cigarette. J’ai déjà alerté certains députés européens à propos de la proposition de nouvelle Directive sur les produits du tabac. En particulier, concernant les e-cigarettes, à les classer pour la grande majorité comme des médicaments.

Alors qu’une réglementation raisonnée protégeant le consommateur (en contrôlant la qualité des e-cigarettes et des e-liquides associés) pourrait être un bienfait pour la santé publique, une réglementation trop contraignante, telle qu’elle est actuellement proposée dans le projet de Directive (en imposant aux fabricants de réglementer la e-cigarette comme un médicament), pourrait simplement priver les fumeurs d’une option considérablement moins nocive que la cigarette conventionnelle, qui par ailleurs est, elle, très peu réglementée et bien plus accessible.

Il est bon de rappeler à ce sujet, que chaque année 70 000 personnes meurent du tabac en France, plus de 500 000 en Europe, et plus de 5 millions dans le monde. Et comme l’a souligné récemment le rapport accablant de la Cour des comptes (http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Les-politiques-de-lutte-contre-le-tabagisme), les politiques de santé contre le tabagisme n’ont pas été à la hauteur, surtout en France, mais pas seulement, et le lobbying forcené de l’industrie du tabac n’y est pas étranger.

En Europe, l’Angleterre sort du lot et a mis en place une politique efficace depuis les années 2000. Cette politique a porté ses fruits et le nombre de fumeurs a considérablement baissé outre-Manche alors qu’il a augmenté en France entre 2005 et 2010 (à ce propos, nous manquons aussi cruellement de données récentes en France!).
L’Angleterre est aussi en avance concernant la réduction du risque tabagique et des recommandations, incluant la place de la e-cigarette, sont à l’étude par NICE, et seront disponibles prochainement http://guidance.nice.org.uk/PHG/52.

En France, la réglementation actuelle autorise la vente de cartouches contenant moins de 10 mg de nicotine, et de e-liquide ayant une concentration de moins de 20 mg/ml (il existe des concentrations supérieures, mais selon l’agence de réglementation des médicaments, l’ANSM, il faut alors une autorisation de mise sur le marché, comme pour un médicament http://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Cigarette-electronique-Point-d-information). Cette situation satisfait pleinement pour l’instant les utilisateurs de e-cigarette. La proposition de nouvelle Directive imposerait une limite de 2 mg par cartouche, ou de 4 mg/ml pour les e-liquides. Pour un pharmacologue, cela indique que ces concentrations ne permettraient pas aux utilisateurs d’obtenir des concentrations sanguines suffisantes pour apaiser leurs symptômes de sevrage, et les obligeraient alors de continuer à fumer pour obtenir les doses de nicotine dont ils ont besoin, à cause de leur dépendance.

Or, tout l’intérêt de la e-cigarette est justement de permettre à son utilisateur d’abandonner rapidement la cigarette, comme en attestent les nombreux messages d’utilisateurs sur les forums de discussion qu’ils ont créés (ces discussions représentent un phénomène nouveau, jamais vu auparavant chez les fumeurs). Ils comptent tous d’ailleurs le nombre de cigarettes (qu’ils appellent «tueuses» ou «cancerettes») qu’ils n’ont pas fumées depuis qu’ils ont commencé la e-cigarette et l’indiquent dans leur signature sur ces forums. Considérant que la fumée de tabac contient, hormis la nicotine qui entretient la dépendance mais ne cause pas les maladies liées au tabac, plus de 7000 substances chimiques, dont le monoxyde de carbone et les gaz oxydants, toxiques pour le système cardio-vasculaire, et les substances cancérigènes, utiliser la e-cigarette permet à ces utilisateurs d’apaiser leur manque de nicotine en éliminant immédiatement l’exposition dangereuse à toutes ces substances toxiques.

Il serait dommage, à cause d’une réglementation trop stricte, d’arrêter ce phénomène qui pourrait enfin voir se réaliser ce que prédisait en 1991 l’un des pionniers de la recherche sur la dépendance tabagique, Michael Russell: «Ce n’est pas tant l’efficacité à court terme des nouveaux substituts nicotiniques comme aide à l’arrêt, mais plutôt leur potentiel à devenir des substituts à long-terme de la cigarette, qui fait de l’élimination du tabagisme un but réaliste… Ces futurs produits devraient être activement promus sur un marché ouvert afin d’entrer en compétition avec le tabac. Il faudra pour cela que les autorités de santé les approuvent, que leurs taxes soient faibles, et que les mouvements anti-tabac les soutiennent afin que l’éradication progressive du tabagisme soit un but atteignable.»

Nous sommes, sur le site www.treatobacco.net, dont je suis le Directeur, en train de collecter l’ensemble des données scientifiques sur la e-cigarette, et nous allons les mettre en ligne prochainement.

Je me mets donc à votre disposition pour de plus amples renseignements concernant la e-cigarette et les données scientifiques dont nous disposons.

Veuillez agréer Madame la Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Jacques Le Houezec
Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique
Honorary Lecturer, UK Centre for Tobacco Control Studies, University of Nottingham, England.
Directeur, www.treatobacco.net
Blog : http://jlhamzer.over-blog.com/

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Publié le 11 Février 2013

Chère Madame la Députée,

Je vous écris en tant que scientifique, spécialiste de la nicotine et de la dépendance au tabac depuis presque 30 ans (première thèse de science sur ce sujet en France) pour vous alerter sur des recommandations de la future Directive sur les produits du tabac qui risquent de mettre en danger la vie de millions d’européens.

La proposition de nouvelle Directive sur les produits du tabac, se propose de réglementer les produits délivrant de la nicotine, y compris les cigarettes électroniques, ou e-cigarettes. En particulier, concernant ces dernières, à les classer pour la grande majorité comme des médicaments. Alors qu’une réglementation raisonnée protégeant le consommateur (en contrôlant la qualité des e-cigarettes et des e-liquides associés) pourrait être un bienfait pour la santé publique, une réglementation trop contraignante, telle qu’elle est actuellement proposée dans le projet de Directive (en imposant aux fabricants de réglementer la e-cigarette comme un médicament), pourrait simplement priver les fumeurs d’une option considérablement moins nocive que la cigarette conventionnelle, qui par ailleurs est, elle, très peu réglementée et bien plus accessible.

Il est bon de rappeler à ce sujet, que chaque année 70 000 personnes meurent du tabac en France, plus de 500 000 en Europe, et plus de 5 millions dans le monde. Et comme l’a souligné récemment le rapport accablant de la Cour des comptes (http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Les-politiques-de-lutte-contre-le-tabagisme), les politiques de santé contre le tabagisme n’ont pas été à la hauteur, surtout en France, mais pas seulement, et le lobbying forcené de l’industrie du tabac n’y est pas étranger. En Europe, l’Angleterre sort du lot et a mis en place une politique efficace depuis les années 2000. Cette politique a porté ses fruits et le nombre de fumeurs a considérablement baissé outre-Manche alors qu’il a augmenté en France entre 2005 et 2010 (à ce propos, nous manquons aussi cruellement de données récentes en France!).

Les e-cigarettes sont des dispositifs permettant de délivrer de la nicotine, et sont conçues pour produire un effet similaire à la cigarette conventionnelle. Une e-cigarette est composée habituellement de trois parties: une batterie, un atomiseur et une cartouche, jetable ou réutilisable, contenant ou non de la nicotine. La plupart des cartouches jetables et les e-liquides qui servent à remplir les cartouches réutilisables, contiennent de la nicotine diluée dans du propylène glycol ou de la glycérine, et de l’eau. Le taux de nicotine dans les cartouches peut varier et certaines contiennent aussi des arômes. Lorsque l’utilisateur tire sur sa e-cigarette, le chauffage de la résistance vaporise le liquide contenu dans la cartouche. La vapeur créée délivre la nicotine à l’utilisateur. Il n’y a pas de fumée passive, mais un peu de vapeur de nicotine est libérée dans l’air lorsque l’utilisateur exhale celle-ci (extrait de la traduction d’un document proposé par l’association ASH en Angleterre, disponible en français et en anglais sur le site: http://ash.org.uk/information/facts-and-stats/ash-briefings).

En France, la réglementation actuelle (assez floue, comme dans beaucoup de pays) autorise la vente de cartouches contenant moins de 10 mg de nicotine, et de e-liquide ayant une concentration de moins de 20 mg/ml (il existe des concentrations supérieures, mais selon l’agence de réglementation des médicaments, l’ANSM, il faut alors une autorisation de mise sur le marché, comme pour un médicament http://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Cigarette-electronique-Point-d-information). Cette situation satisfait pleinement pour l’instant les utilisateurs de e-cigarette. La proposition de nouvelle Directive imposerait une limite de 2 mg par cartouche, ou de 4 mg/ml pour les e-liquides. Pour un pharmacologue, cela indique que ces concentrations ne permettraient pas aux utilisateurs d’obtenir des concentrations sanguines suffisantes pour apaiser leurs symptômes de sevrage, et les obligeraient alors de continuer à fumer pour obtenir les doses de nicotine dont ils ont besoin, à cause de leur dépendance.

Or, tout l’intérêt de la e-cigarette est justement de permettre à son utilisateur d’abandonner rapidement la cigarette, comme en attestent les nombreux messages d’utilisateurs sur les forums de discussion qu’ils ont créés (ces discussions représentent un phénomène nouveau, jamais vu auparavant chez les fumeurs). Ils comptent tous d’ailleurs le nombre de cigarettes (qu’ils appellent «tueuses» ou «cancerettes») qu’ils n’ont pas fumées depuis qu’ils ont commencé la e-cigarette et l’indiquent dans leur signature sur ces forums. Considérant que la fumée de tabac contient, hormis la nicotine qui entretient la dépendance mais ne cause pas les maladies liées au tabac, plus de 7000 substances chimiques, dont le monoxyde de carbone et les gaz oxydants, toxiques pour le système cardio-vasculaire, et les substances cancérigènes, utiliser la e-cigarette permet à ces utilisateurs d’apaiser leur manque de nicotine en éliminant immédiatement l’exposition dangereuse à toutes ces substances toxiques.

Il serait dommage, à cause d’une réglementation trop stricte, d’arrêter ce phénomène qui pourrait enfin voir se réaliser ce que prédisait en 1991 l’un des pionniers de la recherche sur la dépendance tabagique, Michael Russell: «Ce n’est pas tant l’efficacité à court terme des nouveaux substituts nicotiniques comme aide à l’arrêt, mais plutôt leur potentiel à devenir des substituts à long-terme de la cigarette, qui fait de l’élimination du tabagisme un but réaliste… Ces futurs produits devraient être activement promus sur un marché ouvert afin d’entrer en compétition avec le tabac. Il faudra pour cela que les autorités de santé les approuvent, que leurs taxes soient faibles, et que les mouvements anti-tabac les soutiennent afin que l’éradication progressive du tabagisme soit un but atteignable.»

Sachant que le groupe Environment, Public Health and Food Safety du Parlement européen doit se réunir bientôt pour des auditions concernant la réglementation des produits du tabac, je me mets à votre disposition pour de plus amples renseignements concernant ce projet de Directive.

Veuillez agréer Madame la Députée, l’expression de ma considération distinguée.

Jacques Le Houezec
Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique
Honorary Lecturer, UK Centre for Tobacco Control Studies, University of Nottingham, England.
Directeur, www.treatobacco.net

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Publié le 11 Février 2013

Un nouvel article assez équilibré sur la e-cigarette prévoit que le nombre de vapoteurs pourrait atteindre 1 million cette année au Royaume-Uni.

Selon John Britton, Président du groupe tabac à l’Académie de médecine britannique, "si tous les fumeurs britanniques arrêtaient de fumer et utilisaient la e-cigarette à la place, nous pourrions sauver 5 millions de morts chez les personnes vivant actuellement. Ce serait un gain massif en santé publique."

http://www.bbc.co.uk/news/uk-21406540

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Publié le 11 Février 2013

Quand on parle de la cigarette électronique (comme cela m’est arrivé récemment lorsque je fais un cours sur la nicotine et la dépendance au tabac aux futurs tabacologues ou addictologues) et que l’on explique ses bénéfices en termes de santé publique, on se voit immanquablement répliquer « oui, mais vous proposez de remplacer une dépendance par une autre… ».
Dans ce blog, Carl Phillips donne une réponse simple à cette question. « Si les gens sont dépendants, ne vaut-il pas mieux qu’ils utilisent un produit qui est beaucoup moins dangereux, plutôt que de continuer à fumer? »
Et là, toujours immanquablement on vous rétorque: « oui, mais c’est mieux s’ils arrêtent complétement ».
N’arrête pas complétement du jour au lendemain qui veut!
Un sevrage tabagique peut prendre des mois, voire des années (multiples tentatives avant d’y arriver).
Et si pendant ce temps, ces personnes avaient la possibilité d’utiliser un produit considérablement moins dangereux pour la santé, tout le monde n’y gagnerait-il pas?

http://antithrlies.com/2013/02/05/responding-to-but-they-are-still-addicted/

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Publié le 8 Février 2013

C’est l’équipe de Riccardo Polosa, en Italie, qui publie cette étude pilote (sur 14 fumeurs n’ayant pas l’intention d’arrêter) sur l’utilisation de la e-cigarette pour réduire le risque tabagique. Le critère principal d’évaluation était une réduction du nombre de cigarettes fumées d’au moins 50% à 1 an (vérifié par diminution du CO expiré). Le critère secondaire était l’abstinence d’au moins 30 jours à 1 an, avec aussi vérification du CO expiré (<10ppm).

Les résultats montrent que la moitié des patients ont réussi à réduire d’au moins 50% à 1 an (7/14, qui sont passés de 30 cig/j à 15 cig/j), et que 2 patients (14,4%) étaient abstinents à 1 an (soit 9/14 qui ont réussi à réduire ou arrêter de fumer).

Les effets secondaires ont été modestes (nausées, irritation de la gorge et maux de tête chez 14,4% des personnes, et toux sèche chez 28,6%), et les symptômes positifs (voix, hallucinations) et négatifs (humeur dépressive, anxiété) des patients n’ont pas été modifiés par la réduction ou l’arrêt.

Cet article est en accès libre, pour ceux qui lisent l’anglais : http://www.mdpi.com/1660-4601/10/2/446

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