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Publié le 13 Juin 2014

Rencontre entre experts internationaux de la vape à Milan

Mercredi 11 juin, s'est déroulé à Milan une conférence intitulée «La cigarette électronique, point de vue sur l'économie, la santé et la culture" réalisé en collaboration entre la Fiesel, l'association des vapoteurs italiens et la LIAF, la Ligue anti-tabac italienne.

Une salle comble a écouté attentivement l'intervention de conférenciers experts de différentes régions du monde afin de discuter des avantages que la cigarette électronique peut apporter à la lutte antitabac et la prévention des maladies dues au tabagisme.

S'exprimant au nom de la Ligue anti-tabac italienne, Riccardo Polosa dans sa présentation a souligné que les campagnes médiatiques lancées au cours des dernières années ont répandu dans l'imaginaire collectif une «biographie trompeuse» de la cigarette électronique. Le soi-disant "bruit du Web" a déformé un instrument qui a immédiatement montré un excellent potentiel pour faire arrêter de fumer des millions de fumeurs: «C'est irresponsable de la part des médias et des autorités d'insister sur les messages alarmistes sur la e-cig quand les preuves scientifiques indiquent la direction opposée - dit Polosa - les sociétés scientifiques et médicales devraient applaudir des deux mains ce produit extraordinaire au lieu de le diaboliser sous le couvert du principe de précaution."

Jacques Le Houezec, consultant en santé publique à Rennes, en France, a présenté des données qui montrent clairement que la cigarette électronique fait déjà diminuer le nombre de fumeurs dans des pays comme la Grande-Bretagne ou la France, où sa propagation a rencontré moins d'opposition. "La cigarette électronique est un produit perturbateur qui a le potentiel de sauver des millions de vies - dit-il - et «le symbole d'une révolution en santé publique, qui a surgi spontanément grâce aux consommateurs, sans coût supplémentaire pour l'Etat et ses contribuables. Il est probable que la cigarette électronique pourrait dans un avenir proche remplacer toutes les «blondes» réalisant ainsi un objectif impossible à atteindre avec les mesures de contrôle du tabac traditionnelles adoptée jusqu'ici."

Selon Umberto Tirelli, oncologue de renommée internationale, qui fait face depuis de nombreuses années au problème des cancers causés par le tabagisme, insiste sur le fait que les femmes en sont les nouvelles victimes: "Chaque année, 6000 femmes développent un cancer du poumon, le double de leurs mères. Dans quelques années, - dit-il - ce sera la principale cause de décès pour elles." Et il poursuit: "Avec l'introduction de la cigarette électronique et l'élimination des substances cancérogènes présentes dans les cigarettes classiques il y a une réduction substantielle de l'exposition à ces agents cancérigènes. En France et en Angleterre, où il y a aussi une augmentation du nombre de vapoteurs, par exemple, il y aura une réduction de certaines des maladies associées au tabac et en particulier des tumeurs. J'espère que même en Italie - a conclu Tirelli - avec l'abandon de la diabolisation de la cigarette électronique, nous pourrons obtenir les mêmes résultats."

Enfin, Konstantinos Farsalinos, un expert reconnu de la cigarette électronique, a présenté des données sur la toxicité des liquide: "Les études toxicologiques ont confirmé que le risque de l'inhalation de vapeur de cigarette électronique est beaucoup plus faible que celui de la fumée de tabac. En particulier, on sait que la très grande majorité des substances toxiques produites par les cigarettes conventionnelles ne sont pas présentes dans l'e-cig. Bien sûr, l'amélioration est encore possible et donc des études ciblées sont nécessaires pour augmenter la sécurité de certains produits"- a ajouté Farsalinos. Selon le chercheur grec les fumeurs devraient être encouragés à vaper activement: "Les institutions devraient promouvoir l'accessibilité et la compétitivité de ces produits par rapport aux cigarettes conventionnelles."

Dans sa présentation, Sabrina Capozzolo, députée nationale du Parti démocrate, a dit que la taxation de la cigarette électronique au même niveau que celle du tabac a été une grosse erreur, et le résultat d'une politique à court-terme peu consciente de la dynamique complexe de ce secteur de l'industrie "nous allons travailler pour un système fiscal plus équitable qui pourra stimuler le secteur de la production en Italie" a-t-elle déclaré. Certes, une réglementation des produits est nécessaire, mais elle doit être mesurée et tenir compte des avantages pour la santé publique et protéger le "Made in Italy." Nous sommes déterminés à faire en sorte que les producteurs ne souffrent pas d'une taxation inéquitable. Un examen approfondi de la réglementation de ces produits est en cours et nous espérons aboutir d'ici Juillet," a ajouté Madame Capozzolo.

Pour conclure la journée, le président de Fiesel (association des vapoteurs italiens), Massimiliano Federici, a dit qu'il était très heureux des messages positifs et pleins d'espoir apportés par la conférence. "Les éléments de preuve que les experts accumulent et qui ont été clairement illustré aujourd'hui sont de bon augure pour un redressement généralisé dans le secteur en Italie. Certes, plus d'attention et de rigueur devraient être mises en œuvre dans les systèmes de production pour protéger les consommateurs. L'engagement de Fiesel Confesercenti est de veiller à ce que ces recommandations soient traduites dans les faits." Représentant aussi Confesercenti, Angelo Sbarra, a également donné un aperçu sur la propagation des cigarettes électroniques en Italie et à l'étranger.

Les présentations des 4 experts sont téléchargeables sur le site de la LIAF.

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Publié le 12 Mai 2014

J'ai fait une traduction d'un article de la revue Addiction, disponible en libre accès ici:

This is a French translation of the free access article published in Addiction here :

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/add.12550/full

Il y a un débat en ce moment au sein de la communauté de la recherche sur la nicotine et le tabac, cherchant à savoir si les cigarettes électroniques offrent un moyen de sortir de l'épidémie de tabagisme ou une façon de la perpétuer. Des preuves scientifiques obtenues par des recherches à la conception solide, mises en œuvre et rapportées de façon honnête, sont les meilleurs outils dont nous disposons pour nous aider à prévoir ce que l'avenir nous réserve.

Nous avons un besoin urgent de preuves afin d'informer le débat sur l'impact de la cigarette électronique sur la santé publique, au moment où les législations nationales et internationales se mettent en place. La recherche et les commentaires actuels sur la cigarette électronique, ou dispositif d'administration de nicotine électronique (appelé ici e-cigarette) varient considérablement en qualité, en exactitude, et en objectivité. Bien que ces questions ne soient pas limitées à la communauté de la recherche, nous pensons que les chercheurs doivent mieux montrer l'exemple dans ce domaine. Nous illustrons nos préoccupations avec les trois exemples ci-dessous.

 

L'e-cigarette ne contient pas de tabac

De nombreuses publications et déclarations de chercheurs, d'agences gouvernementales et non gouvernementales, et plus largement les médias, rapportent à tort que l'e-cigarette est un produit du tabac. Par exemple, la e-cigarette a été considérée comme un produit du tabac dans environ un quart des résumés sur l'e-cigarette, lors de la réunion annuelle 2014 de la Société pour la recherche sur la nicotine et le tabac à Seattle [ 1 ]. La même erreur se retrouve également dans la littérature scientifique et dans les écrits des organismes influents. Par exemple, le site internet du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) indique que «les produits du tabac émergents, tels que l'e-cigarette et le narguilé gagnent rapidement en popularité» [ 2 ]. S'il est vrai que la grande majorité des e-cigarettes utilisent une solution contenant de la nicotine qui est extraite de la plante de tabac, ce qui est le cas aussi des substituts nicotiniques (TNS), contrairement aux cigarettes de tabac ordinaires, les e-cigarettes actuellement sur le marché n'utilisent pas de tabac, et ne produisent ni fumée, ni combustion [ 3 ]. En outre, même si des traces de nitrosamines spécifiques du tabac ont été trouvés dans les vapeurs d'e-cigarettes, des traces similaires sont présentes dans les TNS [ 4-7 ]. Cette erreur de catégorisation est exacerbée par les réglementations nationales et internationales, qui incluent l'e-cigarette dans leurs projets de réglementation du tabac. Par exemple, l'Union Européenne propose de réglementer l'e-cigarette au sein de la Directive des produits du tabac [ 8 ]. Nous ne sachons pas que les TNS soient catégorisés en tant que produits du tabac, alors pourquoi les chercheurs classent-ils à tort l'e-cigarette de cette façon? Que ce soit par manque de connaissances, par négligence, ou comme une tentative d'associer l'e-cigarette aux dommages immenses causés par le tabac, la classification des e-cigarettes en tant que produit du tabac est inexacte et inacceptable.

 

Les e-cigarettes représentent une catégorie hétérogène

Une grande partie de la recherche à ce jour a traité l'e-cigarette comme s'il s'agissait d'un seul et même produit. Cependant, une vaste gamme de produits est couverte par le terme e-cigarette. Les différents types d'e-cigarette varient considérablement dans leur fonction, leur contenu, et leur apparence. Par exemple, tandis que l'apparence de certaines e- cigarettes se rapproche énormément de celle des cigarettes de tabac, d'autres n'ont aucune similitude évidente. Les différents types d'e-cigarette varient également dans la façon de délivrer, s'ils en délivre, de la nicotine, et l'exposition à la nicotine dépend aussi de l'utilisateur [ 3,9-11 ]. En outre, les stratégies de marketing et de vente sont diverses et évoluent. Par exemple, au Royaume-Uni, tandis que de nombreux produits sont vendus en ligne, certains produits ne sont disponibles que dans les pharmacies, tandis que d'autres sont vendus aux côtés du tabac dans les magasins. En outre, il existe maintenant une variété d'acteurs dans le marché de l'e-cigarette, y compris l'industrie du tabac. Certains ont remis en question les motifs de participation de l'industrie du tabac dans le marché de l'e-cigarette [ 12 ], et il est nécessaire d'être conscient de leur participation. Pour faire progresser la recherche et le débat, il sera important de reconnaître les différences entre les différents types d'e-cigarette, la variabilité dans la façon dont les individus les utilisent, quelles sont les limites que cela pose à la recherche actuelle, et les implications pour la réglementation. De plus, il sera important de comprendre comment la quantité de nicotine délivrée, le marketing, l'activité des intervenants de l'industrie, et la réglementation, affectent l'utilisation des différents types d'e-cigarette et d'autres produits contenant de la nicotine, par les utilisateurs. Les e-cigarettes ne sont pas un groupe homogène de produits et il est essentiel d'indiquer clairement quel(s) produit(s) a (ont) été étudié(s), et éviter la généralisation à partir de produits spécifiques à la pléthore d'options disponibles.

 

L'e-cigarette est-elle une passerelle vers le tabagisme?

L'une des principales préoccupations au sujet de l'e-cigarette est qu'elle (ou la commercialisation les concernant) pourrait être attrayante pour les enfants qui vont tester l'e-cigarette, puis déplacer cette expérience vers les cigarettes de tabac, et devenir dépendant de la cigarette de tabac (l'hypothèse «passerelle»). Ce fut aussi une préoccupation avec les produits du tabac non fumés, à faible taux de nitrosamines (snus), bien que les preuves aient été hautement contestable alors [13], et l'est de la même manière pour l'e-cigarette [14]. Nous pensons qu'un type de recherche utile serait d'explorer cette hypothèse «passerelle» plus en détail, en se demandant – quelles preuves seraient nécessaires afin de démontrer que l'hypothèse «passerelle» existe bien ? Peut-on établir une définition avec laquelle tous les universitaires seraient d'accord ?

 

Que faut-il faire ?

Nous pensons que les déclarations de la communauté de la recherche doivent être fondées sur les preuves. Alors que les débats animés aident à faire progresser la science et la politique, l'adhésion à une pratique scientifique honnête est primordiale. Nous avons besoin de plus de rigueur et de surveillance afin de s'assurer que l'interprétation des preuves est guidée par les données, pas les émotions, et que les déclarations fortes basées sur de faibles preuves soient évités. Nous avons besoin que ceux qui analysent les demandes de subventions et les articles scientifiques avant publication, agissent de façon responsable. L'e-cigarette peut offrir un moyen de sortir de l'épidémie de tabagisme ou une façon de la perpétuer ; des recherches à la conception solide, mises en œuvre et rapportées de façon honnête, sont les meilleurs outils dont nous disposons pour nous aider à prévoir ce que l'avenir nous réserve.

 

Déclaration d'interêts

Aucun.

 

SARA C. HITCHMAN, ANN MCNEILL & LEONIE S. BROSE

Addictions Department, UK Centre for Tobacco and

Alcohol Studies (UKCTAS), Institute of Psychiatry,

King’s College London, UK.

E-mail: sara.hitchman@kcl.ac.uk

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