Articles avec #toxicite tag

Publié le 10 Septembre 2014

L'article (en anglais) critiquant la position de l'OMS, que nous avons publié dans Addiction la semaine dernière, est en libre accès pendant 1 mois...
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/add.12730/pdf

Vous pouvez aussi lire l'éditorial de Robert West
http://bjgp.org/content/64/626/442.full

J'essayerai de faire un petit résumé en français ces prochains jours.

Voir les commentaires

Publié le 26 Août 2014

L'OMS a publié aujourd'hui un document de travail en vue de la réunion des Parties de la Convention cadre (CCLAT) à Moscou en octobre prochain:

http://apps.who.int/gb/fctc/PDF/cop6/FCTC_COP6_10-fr.pdf

C'est une révision d'une version précédente encore plus virulente et opposée au vaporisateur de nicotine (VP), qui semble avoir pris en compte quelques critiques qui avaient été adressées à l'OMS, en particulier notre lettre envoyée à la Directrice, démontrant la déformation des données scientifiques, utilisées afin de leur faire dire ce qu'elles ne montraient pas. C'est indigne de scientifiques, tel Stan Glantz (co-auteur du rapport qui a servi de base à ce document publié aujourd'hui), de déformer à ce point les données, ou de ne choisir que celles qui l'arrange, pour atteindre un but pré-fixé, en l'occurrence mettre des bâtons dans les roues du VP, censé renormaliser le tabagisme ou inciter les jeunes à commencer.

Le problème est que rien de ce qui est avancé par Stan Glantz, ou par ce rapport largement inspiré, n'est supporté par les données scientifiques existantes.

Ni l'hypothèse de la porte d'entrée en tabagisme des jeunes, que même les données du CDC, utilisées par Glantz, ne montrent pas lorsqu'on les analyse vraiment, ni d'ailleurs les données françaises (Paris sans tabac) ou anglaises (STS), ni la dangerosité de la nicotine exagérée comme toujours, ni l'exposition passive au VP, ne sont basés sur des preuves solides, mais des données déformées et utilisées dans le but de faire peur et d'atteindre un objectif pré-établit.

Certaines critiques des articles de Glantz (dans JAMA Pediatrics, ou Circulation) sont déjà parues. D'autres arrivent, dont un Editorial de Robert West dans le British Journal of General Practice à paraître lundi 1 septembre, et une critique du rapport de Glantz pour l'OMS à paraître la semaine prochaine dans Addiction (j'en suis l'un des co-auteurs), qui reprend les éléments de notre lettre à l'OMS.

Encore une fois, ceci n'est qu'un document de travail en vue de la COP6, à nous d'être suffisamment convaincants auprès des participants (représentants des différents pays ayant ratifié la Convention) et à continuer d'apporter des réponses scientifiques par de nouvelles études, afin que le document final ne soit pas aussi biaisé, et laisse au VP la possibilité de livrer les avantages potentiels de Santé publique, que même l'OMS reconnaît dans ce texte (paragraphe 34).

Voir les commentaires

Publié le 13 Juin 2014

Rencontre entre experts internationaux de la vape à Milan

Mercredi 11 juin, s'est déroulé à Milan une conférence intitulée «La cigarette électronique, point de vue sur l'économie, la santé et la culture" réalisé en collaboration entre la Fiesel, l'association des vapoteurs italiens et la LIAF, la Ligue anti-tabac italienne.

Une salle comble a écouté attentivement l'intervention de conférenciers experts de différentes régions du monde afin de discuter des avantages que la cigarette électronique peut apporter à la lutte antitabac et la prévention des maladies dues au tabagisme.

S'exprimant au nom de la Ligue anti-tabac italienne, Riccardo Polosa dans sa présentation a souligné que les campagnes médiatiques lancées au cours des dernières années ont répandu dans l'imaginaire collectif une «biographie trompeuse» de la cigarette électronique. Le soi-disant "bruit du Web" a déformé un instrument qui a immédiatement montré un excellent potentiel pour faire arrêter de fumer des millions de fumeurs: «C'est irresponsable de la part des médias et des autorités d'insister sur les messages alarmistes sur la e-cig quand les preuves scientifiques indiquent la direction opposée - dit Polosa - les sociétés scientifiques et médicales devraient applaudir des deux mains ce produit extraordinaire au lieu de le diaboliser sous le couvert du principe de précaution."

Jacques Le Houezec, consultant en santé publique à Rennes, en France, a présenté des données qui montrent clairement que la cigarette électronique fait déjà diminuer le nombre de fumeurs dans des pays comme la Grande-Bretagne ou la France, où sa propagation a rencontré moins d'opposition. "La cigarette électronique est un produit perturbateur qui a le potentiel de sauver des millions de vies - dit-il - et «le symbole d'une révolution en santé publique, qui a surgi spontanément grâce aux consommateurs, sans coût supplémentaire pour l'Etat et ses contribuables. Il est probable que la cigarette électronique pourrait dans un avenir proche remplacer toutes les «blondes» réalisant ainsi un objectif impossible à atteindre avec les mesures de contrôle du tabac traditionnelles adoptée jusqu'ici."

Selon Umberto Tirelli, oncologue de renommée internationale, qui fait face depuis de nombreuses années au problème des cancers causés par le tabagisme, insiste sur le fait que les femmes en sont les nouvelles victimes: "Chaque année, 6000 femmes développent un cancer du poumon, le double de leurs mères. Dans quelques années, - dit-il - ce sera la principale cause de décès pour elles." Et il poursuit: "Avec l'introduction de la cigarette électronique et l'élimination des substances cancérogènes présentes dans les cigarettes classiques il y a une réduction substantielle de l'exposition à ces agents cancérigènes. En France et en Angleterre, où il y a aussi une augmentation du nombre de vapoteurs, par exemple, il y aura une réduction de certaines des maladies associées au tabac et en particulier des tumeurs. J'espère que même en Italie - a conclu Tirelli - avec l'abandon de la diabolisation de la cigarette électronique, nous pourrons obtenir les mêmes résultats."

Enfin, Konstantinos Farsalinos, un expert reconnu de la cigarette électronique, a présenté des données sur la toxicité des liquide: "Les études toxicologiques ont confirmé que le risque de l'inhalation de vapeur de cigarette électronique est beaucoup plus faible que celui de la fumée de tabac. En particulier, on sait que la très grande majorité des substances toxiques produites par les cigarettes conventionnelles ne sont pas présentes dans l'e-cig. Bien sûr, l'amélioration est encore possible et donc des études ciblées sont nécessaires pour augmenter la sécurité de certains produits"- a ajouté Farsalinos. Selon le chercheur grec les fumeurs devraient être encouragés à vaper activement: "Les institutions devraient promouvoir l'accessibilité et la compétitivité de ces produits par rapport aux cigarettes conventionnelles."

Dans sa présentation, Sabrina Capozzolo, députée nationale du Parti démocrate, a dit que la taxation de la cigarette électronique au même niveau que celle du tabac a été une grosse erreur, et le résultat d'une politique à court-terme peu consciente de la dynamique complexe de ce secteur de l'industrie "nous allons travailler pour un système fiscal plus équitable qui pourra stimuler le secteur de la production en Italie" a-t-elle déclaré. Certes, une réglementation des produits est nécessaire, mais elle doit être mesurée et tenir compte des avantages pour la santé publique et protéger le "Made in Italy." Nous sommes déterminés à faire en sorte que les producteurs ne souffrent pas d'une taxation inéquitable. Un examen approfondi de la réglementation de ces produits est en cours et nous espérons aboutir d'ici Juillet," a ajouté Madame Capozzolo.

Pour conclure la journée, le président de Fiesel (association des vapoteurs italiens), Massimiliano Federici, a dit qu'il était très heureux des messages positifs et pleins d'espoir apportés par la conférence. "Les éléments de preuve que les experts accumulent et qui ont été clairement illustré aujourd'hui sont de bon augure pour un redressement généralisé dans le secteur en Italie. Certes, plus d'attention et de rigueur devraient être mises en œuvre dans les systèmes de production pour protéger les consommateurs. L'engagement de Fiesel Confesercenti est de veiller à ce que ces recommandations soient traduites dans les faits." Représentant aussi Confesercenti, Angelo Sbarra, a également donné un aperçu sur la propagation des cigarettes électroniques en Italie et à l'étranger.

Les présentations des 4 experts sont téléchargeables sur le site de la LIAF.

Voir les commentaires

Publié le 6 Juin 2014

Nicotine Poisoning in an Infant

Scroll down for English version.

Un article publié dans le New England Journal of Medicine va encore sans doute faire les gros titres ! Il est clair qu'il ne faut pas laisser les liquides pour vaporisateur de nicotine à la portée des enfants, c'est la responsabilité des parents, tout comme ils sont sensés le faire pour les produits ménagers. Mais cette article rapporte une fois de plus des chiffres faux concernant la dose létale de nicotine.

Un extrait de l'article traduit ici:

Nous rapportons le cas d'un enfant qui a été victime d'un empoisonnement accidentel en buvant du "e-liquide".

Un garçon de 10 mois a développé des vomissements, une tachycardie, une respiration difficile, et une ataxie du tronc, après avoir ingéré une «petite» quantité de e-liquide contenant de la nicotine. Le magasin qui vend le produit a indiqué qu'il contenait une concentration en nicotine de 1,8% (18 mg par ml) et des quantités inconnues d'huile de wintergreen (salicylate de méthyle), de la glycérine et du propylène glycol.

... Le vomissement est commun avec les expositions par voie entérale....
De petites ingestions peuvent être mortelles. Avec une dose létale médiane comprise entre 1 et 13 mg par kilogramme de poids corporel, une cuillère à thé (5 ml) d'une solution de nicotine de 1,8% pourrait être létale pour une personne de 90 kg.

Heureusement, le niveau de conscience de notre patient, le taux en oxygène de l'hémoglobine, et le taux de salicylate dans le sérum, ainsi que la radiographie thoracique et son profil métabolique de base, étaient tous normaux. Le garçon n'a pas besoin de traitement antidote (généralement de l'atropine ou de la scopolamine pour lutter contre l'activité cholinergique) e
t a récupéré en 6 heures, après l'ingestion de la nicotine.

C'est en fait encore une fois la démonstration que la dose toxique ou létale de nicotine est bien supérieure à ce que ces auteurs rapportent. La dose létale est estimée entre 500 mg et 1000 mg, non pas bue, mais absorbée. Comme le souligne l'article les premiers symptômes sont des nausées et des vomissement, ce qui fait qu'une grande partie de la nicotine est vomie, et donc n'est pas absorbée. Et par ailleurs, prétendre que 5 ml d'un e-liquide à 18 mg/ml est suffisant pour tuer une personne de 90 kg est faux. Cet exemple d'empoisonnement le montre, tout comme le dernier cas recensé de tentative de suicide par une patiente psychiatrique qui a bu une dose de 1500 mg de nicotine. Tout comme cet enfant, cette ingestion n'a pas eu de conséquences chez la patiente qui l'a fait.

Espérons que la presse lise l'article de Science & Avenir : E-cigarette. Combien de nicotine faut-il pour tuer un homme ? avant de faire des gros titres de cet article.

_____________________________________

An article published in the New England Journal of Medicine will probably still make headlines! It is clear that parents should not leave e-liquids at reach of children. It is the responsibility of parents, just as they are supposed to do for household products. However, this article reports again false figures for the lethal dose of nicotine.

An excerpt from the article:

We report a case of a child who was poisoned by e-cigarette refill liquid (“e-liquid”).

Vomiting, tachycardia, grunting respirations, and truncal ataxia developed in a 10-month-old boy after he ingested a “small” amount of e-liquid nicotine. The vaping (or “vape”) shop that compounded the product reported that it contained a nicotine concentration of 1.8% (18 mg per milliliter) and unknown concentrations of oil of wintergreen (methyl salicylate), glycerin, and propylene glycol.

... Vomiting is common with enteral exposures.
... Small ingestions could be deadly. With an estimated median lethal dose between 1 and 13 mg per kilogram of body weight, 1 teaspoon (5 ml) of a 1.8% nicotine solution could be lethal to a 90-kg
person.

Fortunately, our patient's levels of consciousness, hemoglobin oxygen, and serum salicylate, as well as findings on chest radiography and his basic metabolic profile, were all normal. The boy did not require antidote therapy (usually atropine or scopolamine to combat cholinergic activity) and recovered baseline health 6 hours after ingesting the poison.

This is actually once again demonstrated that the toxic or lethal dose of nicotine is much higher than what these authors report. The lethal dose is estimated between 500 mg and 1000 mg, not ingested, but absorbed. As noted in the article, the first symptoms are nausea and vomiting, which makes that much of the nicotine is vomited, and therefore is not absorbed. And also claim that 5 ml of e-liquid 18 mg/ml is sufficient to kill a person of 90 kg is false. This example of nicotine poisoning shows it, as well as the last case of attempted suicide by a psychiatric patient who drank a dose of 1500 mg of nicotine. Like this child, this ingestion had no consequences in the patient who did it.

Hopefully the press will read the paper from Brend Mayer How much nicotine does it take to kill a man? before making headlines with this article.

Voir les commentaires

Publié le 15 Avril 2014

Science & Avenir : E-cigarette. Combien de nicotine faut-il pour tuer un homme ?

L'article reprend la mise au point faite par Bernd Mayer que j'avais présenté au CNAM en janvier dernier.

Lire aussi cet autre article sur les cas d'intoxications repris dans la presse ces derniers jours, mais avec une interprétation plus nuancée :

E-cigarette. A quel point la nicotine liquide est-elle dangereuse ?

Voir les commentaires

Publié le 25 Mars 2014

Mise à jour 26 mars: on continue dans la diffamation et la désinformation...

http://cevenol.blog.lemonde.fr/2014/03/26/les-croises-de-lecig/#comment-42

Hier, 24 mars, Marc Schindler publiait un article dans Médiapart reprenant un article du NY Time : E-cigarette : « C’est le Far-West »

N'étant pas abonné à Médiapart, il est impossible de répondre à cet article sur leur site. Pourtant ce Monsieur m'a diffamé dans son article, laissant entendre que comme tous les scientifiques qui supportent l'e-cigarette, je devais être financé par cette industrie.

Marc Schindler a cependant posté son article sur un autre blog où il est possible de répondre, ce que j'ai fait:

Jacques Le Houezec dit : 25 mars 2014 à 13:50

Cher Monsieur,
N’ayant pu laisser un message sur votre publication de Médiapart, c’est ici que je vous répondrais.
Nous assistons depuis quelques temps à une désinformation totale sur l’e-cigarette. Les journalistes, ou la plupart d’entre eux, reprennent sans analyse les dépêches de l’AFP ou des articles comme celui que vous avez mis en avant. Avez-vous enquêté, êtes-vous allé dans une boutique vendant des e-cigarettes en France? Je ne le pense pas. Vous auriez un tout autre discours.
La dernière étude californienne, qui a fait grand battage hier, est de la science de rebuts. La communauté du contrôle du tabac monte des études bidons et s’en sert médiatiquement pour diaboliser l’e-cigarette. Même l’American Cancer Society a critiqué de façon virulente cette étude (voir le blog de Clive Bates, http://www.clivebates.com/?p=2073 traduit ici http://www.ma-cigarette.fr/groupe-de-recherche-ouvre-a-nouveau-le-geyser-de-boue-sur-la-cigarette-electronique/).
Quant à l’article du NY Times que vous reprenez, ce n’est qu’une série de déclarations à charge, sans aucun fondement. J’ai honte pour le toxicologue qui ne connaît même pas la toxicité de la nicotine. Celle-ci a été surévaluée depuis plus de 150 ans, mais un article récent de Bernd Mayer a remis les choses dans le contexte. La dose létale de nicotine n’est pas comme on le prétend de 30 à 60 mg de nicotine ingérée, mais au minimum de 500 à 1000 mg absorbés (or, les premiers symptômes de l’intoxication sont les nausées et les vomissements, qui font qu’une grande partie est vomie), et une récente tentative de suicide par une patiente psychiatrique, qui avait avalé 1500 mg de nicotine, ne s’est conclue que par une forte intoxication, mais sans aucune conséquence grave (voir ma présentation ici http://www.e-cigarette-forum.com/infozone/Dr-Jacques-Le-Houezec ou ici en français http://data.over-blog-kiwi.com/0/60/75/08/20140325/ob_6a99bf_conference-cnam-24-01-2014-jlh.pdf).
Vous reprenez les données des centres anti-poison, avez-vous consulté les intoxications par la cigarette de tabac, ou par les produits ménagers? C’est ici : https://aapcc.s3.amazonaws.com/pdfs/annual_reports/2012_NPDS_Annual_Report.pdf
Comparez les chiffres ! Ce qui ne doit pas empêcher les utilisateurs de mettre hors de portée des enfants leurs produits, comme ils doivent le faire je l’espère avec les produits ménagers dangereux.
Enfin, je voudrais souligner la diffamation dont vous faites preuve me concernant. Tout d’abord, merci, mais je ne suis pas professeur. Je suis docteur en science et travailleur indépendant, Consultant en santé publique et dépendance au tabac. Je travaille depuis 30 ans sur la nicotine (j’ai été formé d’ailleurs à San Francisco dans le laboratoire du professeur Neal Benowitz). Je suis consultant pour le secteur public (je rédige par exemple la Lettre de la SFT pour les tabacologues avec une subvention de la DGS), mais aussi privé, pour des laboratoires fabricant des substituts nicotiniques ou des médicaments d’aide à l’arrêt du tabac. Je n’ai jamais travaillé ni pour l’industrie du tabac, ni pour celle de l’e-cigarette (j’ai failli accepter un contrat de NJOY, cité dans ma présentation de Londres, mais en fait je l’ai décliné car je n’était pas en phase avec ce fabricant américain). Je vous demanderai donc de corriger votre article, car en le lisant on pourrait croire le contraire. Je vous conseille aussi de bien lire les déclarations d’intérêts des professeurs Farsalinos et Polosa, vous réviserez j’en suis sûr votre jugement hâtif.
Pour terminer, vous me citez dans votre article, pourtant vous ne m’avez jamais contacté. Je ne sais même pas d’où sort cette citation, il aurait été convenable de mettre un lien, puisque vous l’avez repris sans doute d’une de mes interventions.
Merci de m’avoir permis, en publiant ici votre article, d’y répondre, car j’étais très frustré et en colère hier soir en le découvrant sans avoir la possibilité d’y répondre. C’est chose faite. Je suis à votre disposition pour de plus amples informations si vous le désirez.
Bien cordialement,
Jacques Le Houezec

Ce soir il m'a répondu par courriel ceci:

Cher Monsieur,

Je vous remercie d'avoir pris la peine de répondre à ma chronique sur mon blog du Monde. Je précise que je n'ai aucune compétence scientifique, je suis un journaliste suisse retraité, qui s'intéresse à l'actualité. Je suis un ancien fumeur, qui a cessé de fumer il y près de 50 ans et je n'ai jamais vapoté. Contrairement à ce que vous laissez entendre, je ne participe pas à une campagne contre l'e-cigarette. Je n'ai jamais enquêté dans une boutique vendant des e-cigarettes en France.

Je ne mets évidemment pas en cause vos compétences et votre expertise reconnue dans la lutte contre la tabagisme. Je vous donne acte de votre indépendance par rapport à l'industrie du tabac. Mais je m'étonne néanmoins de votre engagement militant en faveur de l'e-cigarette et de votre dénigrement systématique de toute opinion contraire, notamment à l'égard de l'OMS et de la FDA. Vos attaques répétées contre la presse et notamment le New York Times me semblent faire partie d'une campagne délibérée de certains scientifiques pour faire accepter par les pouvoirs publics la libéralisation de l'e-cigarette, sources d'énormes profits.

Je relève aussi que la SNRT dont vous faites partie reconnaît, dans son rapport 2013, que moins de 10% de ses revenus proviennent de l'industrie pharmaceutique. D'autre part, Pfizer et GlaxcoSmithKline financent généreusement les conférences de l'organisation. Vous reconnaîtrez certainement que ces financements ne sont pas les meilleurs garants de votre indépendance en tant que chercheur en santé publique.

Je n'espère pas vous avoir convaincu, mais je ne souhaite pas poursuivre avec vous ou avec quiconque une polémique sur les vertus ou les dangers de la cigarette électronique.

Veuillez croire, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

Marc Schindler

Puisque ce Monsieur refuse de continuer la discussion, j'ai choisi de lui répondre publiquement ici.

Je suis aussi un ancien fumeur, depuis 30 ans. Et je trouve fort de café que ce soit vous qui me taxiez d'une campagne délibérée, alors que je ne fais que défendre un produit qui pourrait bien délivrer l'humanité du fléau du tabagisme, ce que toutes les tentatives antérieures, tant pharmaceutiques, que politiques ont échoué de faire. Il est étonnant de voir à quel point certains journalistes, et je ne parle pas des politiques comme on a pu le voir récemment avec la Directive tabac, s'acharnent à tuer dans l’œuf un produit qui révolutionne l'arrêt du tabac. Simplement parce qu'il procure du plaisir au fumeur, et que c'est pour cette raison qu'il est efficace. Comme s'il était normal d'arrêter dans la douleur (ne serait-ce pas des relents judéo-chrétiens?). C'est le fameux "quit or die" que l'on a rabâché aux fumeurs depuis plusieurs décennies.

Si j'attaque l'OMS et la communauté de contrôle du tabac, c'est tout simplement parce qu'elle a oublié le fumeur, oublié de lui venir en aide. Elle n'a plus comme leitmotiv que la destruction de l'industrie du tabac, même pas du tabagisme, non, juste l'industrie du tabac, afin de lui faire payer ses crimes. Elle est ainsi coupable d'avoir interdit en Europe la vente du produit du tabac le moins dangereux qui soit, le snus suédois, qui aurait pu sauver des millions de vies, tout comme il l'a fait dans les Pays scandinaves.

Vous attaquez aussi la SRNT, dont je suis un simple membre, sous prétexte que l'industrie pharmaceutique la subventionne à hauteur de 10%. Et vous vous en plaignez? Les 90% restants proviennent de fonds publics. Vous connaissez beaucoup de sociétés savantes qui peuvent se passer totalement du soutien de l'industrie pharmaceutique, ne serait-ce que pour fiancer leurs conférences? La SRNT à ce propos me paraît plutôt exemplaire.

Je suis consultant pour l'industrie pharmaceutique et le secteur public sur le domaine de la dépendance au tabac, c'est mon métier, j'en vis. Cet état de fait est connu de tous, je le fais en toute transparence. Et contrairement à ce que vous dites, cela ne devrait en rien affecter ma prise de position sur la e-cigarette (que je préfère appeler vaporisateur personnel pour l'éloigner encore plus du tabac), bien au contraire, puisque je refuse qu'on l'assimile à un médicament, ce qu'elle n'est pas, pas plus qu'elle n'est un produit du tabac.

Je pense que si vous aviez pris la peine de m'appeler avant de rédiger votre article, puisque vous m'avez cité sans me le demander, cela vous aurait évité de contribuer à la mauvaise image que la presse a tendance à entretenir par ces polémiques stériles.

Voir les commentaires

Publié le 24 Mars 2014

Mise à jour 25 mars, notre lettre publiée dans la Gazette de Montréal

http://www.montrealgazette.com/health/time+authorize+sale+electronic+cigarettes/9655937/story.html

March 19, 2014

The Honourable Rona Ambrose

Minister of Health, House of Commons, Ottawa, Ontario, K1A 0A6

Re: Open letter to the Minister of Health on electronic cigarettes

Dear Minister Ambrose,

We as doctors, professors and health advocates strongly urge you to authorize the sale of electronic cigarettes with nicotine on the Canadian market. These devices, which basically heat a propylene glycol or glycerin solution containing nicotine, offer a safer and more acceptable alternative for smokers to appease their addiction compared to regular cigarettes.

No doubt, tremendous strides have been made over the years to impose a strict regulatory framework on regular cigarettes. More obviously can be done. Unfortunately, it is wishful thinking that one day we will completely eradicate nicotine use. The vast majority of smokers want to quit. Unfortunately, only 10% of them, when surveyed, are still abstinent after trying to quit in the past year.

In such a context, we believe that the time has come for tobacco control to move beyond the usual approaches of education, total nicotine cessation and prevention. In a landmark report published in 2007, the Royal College of Physicians makes a compelling case why harm reduction should no longer be ignored by health authorities to lower the death and disease caused by tobacco use:

  • “Current conventional preventive measures focus entirely on preventing uptake of smoking and helping smokers to quit smoking.
  • This approach will be ineffective for the millions of smokers who, despite best efforts to persuade and help them to quit, will carry on smoking….
  • Tobacco control policy needs to be radically extended to address the needs of these smokers with implementation of effective harm reduction strategies.
  • Harm reduction in smoking can be achieved by providing smokers with safer sources of nicotine that are acceptable and effective cigarette substitutes.
  • There is a moral and ethical duty to provide these products to addicted smokers.”

Electronic cigarettes are such a substitute. First, they cannot even remotely be as toxic as regular cigarettes because there is simply no combustion of tobacco which produces the smoke containing for example the carbon monoxide and the bronchopulmonary irritants which are part of the 7000 chemical substances responsible for causing cardiovascular diseases, chronic obstructive lung diseases and at least 10 different cancers.

Although some toxic chemicals are detected in the vapor generated by electronic cigarettes, their concentrations are just a minimal fraction of what is in tobacco smoke. As with other health interventions, this is not about the absence of risk or a standard of absolute safety, but one of maximum practical reduction in risks and the replacement of products with safer alternatives.

Second, sales data show that these products are widely accepted by smokers. In fact, there has never been a product that has generated so much enthusiasm on their part. Such interest is not surprising since electronic cigarettes deliver nicotine much quicker than existing nicotine replacement therapies and provide a similar behavioral experience as smoking.

Opponents view the fact that electronic cigarettes are well accepted by consumers as a threat because they fear they will be a gateway to regular smoking. Such a claim has yet to be confirmed since current tobacco consumption trends are still dropping in countries such as France, the UK and the US where electronic cigarettes containing nicotine are sold legally. This is not to say that there are no risks of unintended consequences, but as with other health policy interventions there is a strong preponderance of evidence in favour of the intervention. The death rates from continued smoking are simply too high to accept a continued nicotine-abstinence policy orientation.

Electronic cigarettes need to be appropriately regulated so that good manufacturing practices are followed to protect consumers and that sales to minors are forbidden. However, any excessive regulations which could make it too difficult to communicate about the reduced risks of these products or to access them should be avoided. By making it possible to market electronic cigarettes with a broad range of nicotine levels to provide an effective substitute for smokers, such a decision would save countless lives and millions of dollars in health expenditures.

Sincerely,

Gaston Ostiguy, MD, MSc, CSPQ, FRCPC, Medical Director, Smoking Cessation Clinic, Montreal Chest Institute, Associate Professor, McGill University Health Centre

André Castonguay, PhD, Chimiste et toxicologiste du tabac, Professeur retraité, Université Laval

Jean-François Etter, PhD, Professeur associé, Institut de santé globale, Faculté de médecine, Université de Genève, Suisse

Linda L. Huehn, MD, FRCPC, Assistant Professor of Medicine, University of Ottawa,

Martin Juneau, MPs, MD, FRCP, Cardiologue, Directeur, Direction de la Prévention, Institut de Cardiologie de Montréal, Professeur Agrégé de Clinique, Faculté de Médecine, Université de Montréal

Jacques Le Houezec, PhD, Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique, Honorary Lecturer, UK Centre for Tobacco Control Studies, University of Nottingham, England

Paul Poirier, MD, PhD, FRCPC, FACC, FAHA, Professeur titulaire, Faculté de pharmacie, Université Laval, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

Riccardo Polosa, MD, PhD, Full Professor of Internal Medicine, University of Catania, Italy

Philippe Presles, MD, MBA, Tabacologue et éthicien, Économiste de la santé, Directeur de l'Institut Moncey, France

Martine Robert, MSc, Infirmière spécialisée en traitement du tabagisme, Institut de cardiologie de Montréal

David Sweanor, JD, Adjunct Professor, Faculty of Law, University of Ottawa

Fernand Turcotte, MD, MPH, FRCPC, Professeur retraité, Université Laval

Voir les commentaires

Publié le 10 Février 2014

Si vous avez raté cette conférence, vous pouvez écouter le podcast sur le site du CNAM.

Ma présentation est ici.

Vous pouvez aussi consulter Le n°74 de Swaps, et un résumé de ma présentation.

La cigarette électronique s’est invitée sans y être conviée dans le champ de la prévention du tabac. Sa diffusion spontanée semble avoir fait chuter les ventes de cigarettes en 2013.

La "e-cigarette" est-elle une mode ? Une approche résolument nouvelle pour les addictions ? L’industrie pharmaceutique et celle du tabac sont-elles bousculées par cet intrus ? Des spécialistes et des usagers viennent nous éclairer sur ce qui en train de devenir une question de société.

Programme

  • 15h - Accueil - Didier Jayle, professeur du Cnam
  • 15h10 - Réflexions d’un bloggeur qui connaît le risque et la santé- William Dab, professeur du Cnam en santé et sécurité
  • 15h20 - Que savons nous vraiment de la toxicité de la nicotine ? Jacques Le Houezec, consultant tabacologie
  • 15h30 - Tout ce qu’on sait en 2014 de la e-cigarette Gérard Mathern, pneumologue
  • 15h55-16h15 - Discussion
  • 16h15 - Quand la réduction des risques s’applique aux drogues licites Alain Morel, fédération Addiction
  • 16h30 - Le point de vue de l’usager Brice Lepoutre, président de l'Association des usagers de cigarette électronique (Aiduce)
  • 16h45 - Le point de vue de l’État Pascal Melihan-Cheinin, sous-directeur, direction générale de la Santé
  • 17h-17h30 - Discussion
  • 17h30 - Conclusion

Voir les commentaires

Publié le 19 Janvier 2014

Une lettre de Clive Bates aux membres du Comité ENVI

Le Comité ENVI se réunit le 22 janvier pour évaluer le texte de la Directive tabac européenne. Voici une lettre que Clive Bates leur a envoyé pour souligner les faiblesses et les erreurs de ce texte sur l'e-cigarette.

Aux: Membres du Comité ENVI, Parlement européen
CC: membres suppléants du Comité ENVI
De: Clive Bates

19 janvier 2014

Mercredi 22 janvier, les membres du Comité ENVI vont évaluer le texte de la révision de la Directive sur les produits du tabac qui a été produit par le Trilogue. Je voudrais attirer votre attention sur les faiblesses significatives de ce texte sur la partie qui traite des e-cigarettes (principalement l'Article 18, et les références croisées à d'autres articles).

J'espère que vous voudrez bien parler, voter ou persuader vos collègues afin que la partie de la Directive sur l'e-cigarette soit proposé comme une nouvelle proposition législative basée sur des données scientifiques crédibles, une procédure régulière, et une base légale appropriée.

Science imparfaite

Les bases scientifiques sont erronées et déformées. Deux scientifiques, individuellement, et un groupe de scientifiques ont rejeté les bases scientifiques dans des lettres à la Commission et certains Députés européens:

10 janvier 2014. Le Dr Konstantinos Farsalinos a écrit à la Commission: The European Commission has misinterpreted my scientific research on nicotine in e-cigarettes

12 janvier 2014. Le Dr Lynne Dawkins a écrit à la Commission: Please do not distort my words to justify your policy

17 janvier 2014. Un groupe de scientifiques renommés dans le domaine de la recherche sur le tabac a proposé une plus large analyse: Déclaration scientifique sur la Directive tabac européenne. Ce groupe inclus: Prof. Jean-François Etter, Dr. Konstantinos Farsalinos, Prof. Peter Hajek, Dr. Jacques Le Houezec, Dr. Hayden McRobbie, Prof. Chris Bullen, Prof. Lynn T. Kozlowski, Dr. Mitchell Nides, Prof. Riccardo Polosa, Dr. Karl Fagerström, Prof. Martin Jarvis, Dr. Lynne E. Dawkins, Dr. Pasquale Caponnetto, Prof. Jonathan Foulds.

Les erreurs scientifiques relevées ne sont pas triviales et en fait soulignent les aspects les plus controversés de la Directive. Ils portent sur:

  • Affirmations incorrectes à propos de "l'équivalence" entre la consommation de cigarettes et l'utilisation d'e-cigarette
  • Exagération de la toxicité de la nicotine
  • Mauvaise compréhension de l'utilisation de nicotine pour justifier des tests inappropriés
  • Affirmations inappropriées à propos de l'obligation d'une délivrance consistante de nicotine basée sur une mauvaise compréhension du comportement de l'utilisateur
  • Approche inappropriée de la gestion des risques (en limitant la taille des flacons)
  • Affirmations incorrectes concernant l'effet de "porte d'entrée" dans le tabagisme pour exagérer les risques et pour justifier l'interdiction de publicité

Procédure irrégulière

Le Parlement européen a rejeté correctement la classification inappropriée et sans base légale de la médicalisation de l'e-cigarettes le 8 octobre 2013. Cependant, ce changement de direction radical n'a pas permis de suivre une procédure appropriée qui devrait faire partie intégrante de toute procédure législative européenne, en particuliers sur les points suivants:

  • L'obligation de consultation – il n'y a eu aucune consultation sur les nouvelles propositions, alors que la nouvelle réglementation va affecter des millions d'utilisateurs et des milliers d'entreprises, et alors que les experts émettent des objections substantielles. La consultation de 2010 a simplement consisté à demander si les produits contenant de la nicotine devaient être intégrés à la nouvelle Directive.
  • L'obligation de fournir des justifications – quasiment aucun argument n'a été présenté pour justifier les mesures, et celles qui sont proposées sont basées sur une mauvaise interprétation des données scientifiques (voir ci-dessus).
  • L'obligation de fournir une évaluation de l'impact – aucune nouvelle évaluation de l'impact n'a été produite pour soutenir les nouvelles propositions, pourtant elles pourraient avoir de sérieux effets négatifs sur les utilisateurs, fausser la concurrence en faveur du tabac, imposer des charges élevées et inutiles aux entreprises et aux consommateurs, et avoir globalement un impact négatif sur la santé en Europe.
  • L'obligation de permettre un contrôle – les propositions législatives et les amendements doivent être envoyés aux parlements nationaux pour permettre un contrôle, avec un délai suffisant pour permettre aux parlements et aux gouvernements de répondre. La proposition a changé de façon très importante depuis son introduction en décembre 2012. S'ils peuvent le voir, les parlements nationaux ne le verront qu'à la dernière minute avant qu'un accord soit acquis, et pas selon la procédure appropriée.

Tout cela n'est pas seulement des "petits plus" mais ce sont des exigences des traités européens. L'esquive de ces exigences est maintenant l'objet d'une plainte auprès du médiateur européen, qui est détaillée ici: Maladministration in the development of the revision of the Tobacco Products Directive with specific reference to Article 18 on electronic cigarettes - avec le soutien des organisations d'utilisateurs d'Allemagne, de France, d'Italie, du Royaume Uni, de Pologne, des Pays-Bas, de Belgique, du Danemark et de Hongrie, et d'autres qui ont indiqué leur soutien.

Mesures illégales

De même que les irrégularités procédurales illégales mentionnées ci-dessus, la science imparfaite et les mesures arbitraires injustifiées posent de sérieux doutes sur la légalité des principales dispositions lorsqu'elles sont confrontées aux principes de proportionnalité, de non discrimination, et de bases légales appropriées. La base légale du marché intérieur (TFEU 114) est censé promouvoir la libre circulation des marchandises et la libre concurrence, tout en assurant un niveau élevé de protection de la santé. Dans ce cas précis, le marché est en soi fortement bénéfique à la santé car les e-cigarettes concurrencent les cigarettes, mais sont 99 à 100% moins dangereuses. Cette base légale requière une justification sanitaire pour s'éloigner du principe de libre circulation des marchandises:

  • Interdiction de publicité. La Directive interdit de nombreuses forme de publicité, de promotion et de parrainage dans de nombreux média. Pourquoi ? La publicité est un service de droit faisant partie de la libre circulation des marchandises. Le considérant (3) de la Directive sur la publicité du tabac (2003/33/EC tobacco advertising directive) fait référence aux 500 000 morts du tabac en Europe comme justificatif à l'interdiction de publicité pour le tabac. Il n'y a pas de rationnel équivalent pour l'e-cigarette – au contraire, la publicité pour l'e-cigarette pourrait entraîner les fumeurs à arrêter le tabac et ainsi contribuer à une amélioration de santé. Une approche proportionnée serait d'appliquer le type de restrictions qui sont appliquées aux publicités pour l'alcool dans les Etats membres, et pas au tabac. Verdict: disproportionnée, pas de rationnel sanitaire, aucune base légale.
  • Limitation de la nicotine dans les e-liquides. Basée sur des affirmations erronées de l'équivalence entre cigarettes et e-cigarettes, une limite de 20mg/ml a été proposée pour les e-liquides, pourtant 20 à 30% des consommateurs utilisent actuellement des e-liquides plus concentrés. Quel est le rationnel sanitaire pour imposer cette limite et refuser aux consommateurs et aux producteurs de e-liquides plus concentrés l'accès au marché intérieur? Des e-liquides plus concentrés sont nécessaires pour les fumeurs les plus dépendants et ceux qui sont en train de quitter la cigarette, donc cette limite arbitraire risque plus d'augmenter les échecs et de protéger le marché des cigarettes. Verdict: discriminatoire, pas de rationnel sanitaire, aucune base légale.
  • Imposer de petits contenants. La proposition vise à contrôler les risques de toxicité aiguë en limitant la taille des contenants (fioles). Le raisonnement surestime considérablement les risques de toxicité et ignore la pratique courante pour le contrôle des substances dangereuses par l’étiquetage et le conditionnement, néanmoins présent dans la réglementation européenne sur l'étiquetage et le conditionnement 1272/2008. Verdict: discriminatoire, pas de rationnel sanitaire, aucune base légale, risque couvert par d'autres législations.
  • Interdiction de mentionner les arômes sur les produits aromatisés. L'interaction entre les articles 18.4(b)ii et 12.1(c) aurait l'effet d'interdire toute référence aux arômes d'e-cigarette ou des fioles de e-liquide, même sur les produits aromatisés – privant ainsi toute personne d'une information légitime sur le produit. Verdict: en termes légaux, disproportionnée, pas de base légale. Pour tout autre personne, un fiasco.
  • Obligation d'une délivrance consistante. C'est une question de préférence du consommateur et n'est basée sur aucun rationnel sanitaire par rapport à la façon dont les consommateurs utilisent la nicotine (voir la science imparfaite ci-dessus), de plus c'est techniquement difficile à réaliser. Ceci est tout droit sorti de la réglementation pharmaceutique, où la délivrance d'un principe actif au patient est une obligation importante, mais n'est absolument pas adapté ici. Verdict: disproportionnée, pas de rationnel sanitaire, la protection des consommateurs est couverte par d'autres législations.
  • Avertissements sanitaires excessifs et notices d'information. Les avertissements sanitaires sont incorrects (la nicotine n'est pas "fortement addictive", cela dépend comment elle est administrée), inutilement grands, inadaptés et rebutants compte tenu des faibles risques associés, et des bénéfices de santé importants. L'obligation d'inclure une notice d'information n'est pas une obligation pour les fabricants de tabac. Verdict: discriminatoire, disproportionnée, pas de base légale.
  • Obligation de vigilance et de tests pharmacocinétiques. Il y a plusieurs coûts élevés imposés aux fabricants d'e-cigarette qui ne sont pas imposés aux fabricants de tabac. Beaucoup d'information est demandé, mais rien n'est dit sur leur utilisation potentielle. Verdict: discriminatoire, disproportionnée (n'atteint pas l'obligation de minimiser les charges pour atteindre les objectifs).
  • A la discrétion des Etats membres. Les Etats membres ont la possibilité d'interdire les arômes, de réglementer ces produits comme des médicaments (une autre forme d'interdiction pour la plupart des produits) ou de retirer du marché les e-cigarettes réutilisables. A quoi sert une Directive européenne sur le marché intérieur qui ne contribue guère à faire respecter le principe de libre circulation des marchandises? Verdict: créerait une protection arbitraire du marché de la cigarette et verrait les Etats membres perdre des procès en justice.

Eléments manquants. Parallèlement, des éléments de réglementation qui pourraient être utiles ont été oubliés – par exemple, les normes de pureté des ingrédients pour les e-liquides ou les normes techniques appropriées (ex: plages de températures d’utilisation) pour les dispositifs.

Cette mise au point sur l'e-cigarette et les e-liquides reflètent la forte controverse qui s'est instaurée au cours du Trilogue. Elle ne doit pas s'entendre comme une acceptation du reste de la Directive, particulièrement en ce qui concerne l'interdiction du snus (Article 15), pour laquelle il n'y a aucune base non plus. Douze experts ont récemment écrit au UK Secretary of State to call for the snus ban to be lifted on scientific, ethical and legal ground.

Que faire?

La bonne approche

Pris ensembles, les différentes sections de la DPT qui concernent l'e-cigarette représentent maintenant un total de 4400 mots et remplissent 12 pages – plus que nécessaire pour justifier une nouvelle procédure législative et une Directive à part entière. La plus grande partie de ce texte a été créé de novo entre octobre et décembre 2013 sans aucune consultation, selon une analyse inadéquate, et un faible raisonnement basé principalement sur une mauvaise interprétation scientifique. Il serait mieux de procéder avec un simple amendement de la forme suivante:

Article 18: Après avoir réalisé une large consultation et au plus tard le [31 décembre 2014] la Commission fera un rapport sur le marché pour les produits récréatifs contenant de la nicotine n'étant pas du tabac, prenant en compte l'impact et les implications sanitaires et l'impact sur la consommation de tabac. Le rapport devra inclure les options réglementaires et leur évaluation, et de façon appropriée, des propositions législatives pour permettre le développement du marché intérieur de ces produits, avec pour but d'assurer un haut niveau de protection de la santé.

Les décisions faites par l'UE sur cette technologie importante et utilement innovante décideront de l'avenir de cette catégorie pour les dix prochaine années ou plus, et influeront probablement les normes internationales. Il serait mieux que cela soit fait correctement, plutôt que de bâcler une législation controversée avant les élections de mai 2014.

La mauvaise approche

Il ne serait pas correct de la part des Députés européens d'ignorer une composante importante d'une Directive, en sachant qu'elle est basée sur une mauvaise interprétation de la science, qu'elle a suivi une procédure irrégulière, et qu'elle contient des mesures d'une validité juridique contestable. Comment cela pourrait-il être justifié? L’Union européenne a besoin de gagner la confiance et le respect, pas de bafouer sa crédibilité en passant de mauvaises lois et en s'affranchissant des contraintes des traités européens.

Merci de me contacter si je peux vous apporter de plus amples informations ou si vous le voulez pour discuter des différents points soulevés ici.

Cordialement

Clive Bates

Voir les commentaires

Publié le 14 Janvier 2014

La revue Prescrire a publié un article dans son numéro de janvier (http://www.prescrire.org/fr/3/31/49113/0/NewsDetails.aspx) dont les grandes lignes ont été reprises par le site Pourquoi docteur (http://pourquoi-docteur.nouvelobs.com/Substituts-nicotiniques---attention-aux-intoxications-infantiles-5000.html).

Voici le texte de ma réponse sur le site de Pourquoi docteur:

J'ai soumis une réponse à Prescrire, mais je n'ai pas eu de réponse. Je publie donc ici la mise au point que je leur ai soumise.

"Je voulais attirer votre attention sur la toxicité de la nicotine, en particuliers la dose létale, qui a toujours été exagérée, et qui depuis plus de 100 ans est rapportée par tous les textes, y compris scientifiques, comme étant de 30 à 60 mg pour un adulte (réitéré dans l'article de Prescrire).

Or, dans un récent article (ci-joint), Bernd Mayer, a fait une recherche exhaustive de la source de cette dose létale. Il a pu retrouver les origines dans de vieilles publications en allemand (dès 1856), et a montré qu'il s'agissait d’extrapolations douteuses d'auto-expériences faites par des médecins. J'ai moi-même, à maintes reprises, essayé de trouver des références fiables, que je n'ai jamais réussi à localiser (les références renvoyaient toujours à d'autres références, mais sans jamais aboutir à un article princeps). Compte-tenu du très peu de cas fatals dont nous avons connaissance, et connaissant par ailleurs parfaitement les propriétés pharmacologiques de la nicotine, cette dose létale paraissait clairement irréaliste. De même, en faisant un calcul de la DL50* (environ 0,8 mg/kg), elle aurait été bien en-dessous de celle observée chez la Souris, le Rat, ou le Chien.

Bernd Mayer a aussi passé en revue les cas cliniques et articles recensant les intoxications accidentelles ou volontaires (tentatives de suicides). Selon ses calculs très "conservateurs", il estime que la dose létale chez l'adulte se situe au moins entre 500 mg et 1000 mg de nicotine absorbée par l'organisme (un cas récent de tentative de suicide avec une dose ingérée de 1500 mg n'a pas été fatale), ce qui correspond à une DL50 de 6,5 à 13 mg/kg, et non pas de 0,8 mg/kg. Il faut savoir qu'en cas d'ingestion, les premiers symptôme étant les nausées et vomissements, seule une partie de la nicotine ingérée est absorbée par l'organisme (je suis aussi actuellement en train d'écrire un article de revue sur la nicotine pour une revue internationale).

S'il convient de prendre avec la nicotine des précautions d'utilisation et de la tenir hors de portée des jeunes enfants (tout comme de nombreux médicaments et produits ménagers), il est aussi important de ne pas diaboliser inutilement la nicotine, ne serait-ce que pour rassurer les fumeurs désirant arrêter de fumer, ou les professionnels de santé pour la recommander.

J'espère que vous voudrez bien tenir compte de ma mise au point, et que vous voudrez bien publier un correctif à votre article."

Jacques Le Houezec, Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique. site : http://jlhamzer.over-blog.com/

* La DL50, ou dose létale 50% (dose tuant 50% des animaux à qui elle est administrée)

Voir les commentaires